Comment fonctionnent les droits TV du football
Les droits audiovisuels sont devenus la première ressource de nombreux clubs. Mais qui les vend, à qui, et comment l'argent est-il partagé ? Les grands championnats européens ont chacun leur réponse.
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Publié le · Médias et diffusion
Il fut un temps où les dirigeants de clubs craignaient la télévision. Diffuser les matchs, pensaient-ils, viderait les stades. Quelques décennies plus tard, les droits audiovisuels sont devenus le cœur de l'économie du football professionnel en Europe. Pour un club de première division d'un grand championnat, ils représentent souvent la plus grosse ligne de recettes. Comprendre comment ils sont vendus et partagés, c'est comprendre une grande partie des équilibres, et des déséquilibres, du football moderne.
Qui vend les droits ?
Un match oppose deux clubs. On pourrait donc imaginer que chacun vend librement les droits de ses rencontres à domicile. C'est d'ailleurs ce qui s'est longtemps pratiqué dans certains pays. Mais dans la plupart des grands championnats européens, les droits sont aujourd'hui vendus collectivement : la ligue professionnelle négocie au nom de tous les clubs, puis redistribue les revenus.
La vente centralisée présente plusieurs avantages. Elle offre aux diffuseurs un produit complet, le championnat entier, plus attractif qu'une juxtaposition de contrats séparés. Elle renforce le pouvoir de négociation de la ligue. Et surtout, elle permet une redistribution qui limite les écarts entre clubs : si chaque club vendait seul, les plus populaires capteraient l'essentiel de l'argent.
L'Espagne illustre bien ce basculement. Pendant des années, les clubs y négociaient individuellement, ce qui profitait massivement aux deux plus grands. En 2015, un décret-loi a imposé la commercialisation centralisée des droits du championnat, assortie de règles de répartition. L'Italie avait fait un choix similaire quelques années plus tôt, en revenant à une vente collective après une période de négociations individuelles.
Les appels d'offres et les lots
Les ligues ne vendent pas leurs droits en un seul bloc. Elles organisent des appels d'offres pour plusieurs saisons et découpent les matchs en lots : l'affiche du dimanche soir, le match du samedi après-midi, les résumés, la diffusion à l'étranger, les droits numériques... Chaque lot est attribué au plus offrant ou selon des critères fixés par la ligue.
Le droit européen de la concurrence a pesé sur ces pratiques. La Commission européenne s'est inquiétée de voir un seul diffuseur acheter la totalité des droits d'un championnat, ce qui lui conférait un monopole de fait. En Angleterre, cela a conduit dans les années 2000 à une règle empêchant un acheteur unique de rafler tous les lots. La Cour de justice de l'Union européenne a aussi jugé, en 2011, que l'interdiction faite à un consommateur d'utiliser une carte de décodeur achetée dans un autre État membre était contraire à la libre prestation de services, une décision qui a obligé les ligues à repenser leurs ventes territoriales.
Le découpage en lots est un exercice d'équilibriste. Trop de lots morcellent l'offre et obligent le téléspectateur à multiplier les abonnements, ce qui alimente le piratage. Trop peu de lots limitent la concurrence entre diffuseurs et peuvent faire baisser les prix. Chaque appel d'offres est donc un pari, et un résultat décevant a des répercussions immédiates sur le budget de tous les clubs.
Comment l'argent est partagé
Une fois l'argent encaissé, la ligue le répartit entre ses clubs selon une clé de répartition. Les détails changent d'un pays à l'autre et d'un cycle à l'autre, mais on retrouve presque partout trois grands principes :
- Une part égale, versée à tous les clubs de la division, qui garantit un socle à chacun.
- Une part liée aux résultats sportifs, selon le classement de la saison, parfois aussi des saisons précédentes.
- Une part liée à la notoriété ou à l'exposition : nombre de matchs diffusés, audience, affluence, taille de la base de supporters.
En Angleterre, la Premier League combine ainsi une part égale importante, des paiements liés au classement et des sommes liées au nombre de matchs diffusés en direct ; les revenus des droits vendus à l'étranger y sont, pour l'essentiel, partagés à parts égales. Les clubs relégués perçoivent pendant quelques saisons des paiements dits « parachutes », destinés à amortir la chute de leurs recettes. En Espagne, la loi de 2015 a fixé une répartition entre une part égale, une part liée aux résultats et une part liée à l'implantation sociale du club. En Allemagne et en France, les ligues appliquent elles aussi des combinaisons de critères d'égalité, de performance et de notoriété.
Le choix de la clé est profondément politique. Les grands clubs plaident pour une part plus importante liée à la notoriété, puisque ce sont leurs matchs qui attirent les audiences. Les autres défendent la solidarité, sans laquelle le championnat perdrait son suspense. Une part de l'argent est aussi souvent reversée aux divisions inférieures ou au football amateur.
Les compétitions européennes
Les compétitions de l'UEFA ont leur propre système. L'UEFA vend les droits de la Ligue des champions, de la Ligue Europa et de la Ligue Conférence, puis redistribue une large part des revenus aux clubs participants. Les montants dépendent notamment de la participation, des résultats match par match, du parcours dans la compétition et d'autres critères qui ont évolué au fil des cycles, comme les performances passées des clubs ou le poids de leur marché télévisuel national. Une part est également versée aux clubs non qualifiés, au titre de la solidarité.
Ces revenus creusent l'écart entre les clubs habitués aux compétitions européennes et les autres. C'est l'un des arguments au cœur des débats récurrents sur la réforme des compétitions et sur les projets de « super ligues ».
Le spectateur au milieu
Pour le supporter, la conséquence la plus visible est la multiplication des diffuseurs et des abonnements. Les ligues cherchent aussi de nouvelles voies : plateformes de diffusion en direct créées par la ligue elle-même, offres internationales, contenus courts pour les réseaux sociaux. Le modèle n'est pas figé, et chaque cycle d'appels d'offres apporte son lot de surprises.
Ce qu'il faut retenir
- Dans la plupart des grands championnats, la ligue vend les droits pour tous les clubs.
- Les droits sont découpés en lots, sous l'œil des règles européennes de concurrence.
- La répartition mêle part égale, résultats et notoriété, dans des proportions qui varient selon les pays.
- Les revenus européens renforcent les clubs déjà installés au sommet.
Pour aller plus loin
Les droits TV ne sont qu'une partie des recettes : retrouve le tableau complet dans d'où viennent les revenus d'un club. Et pour comprendre comment l'UEFA encadre l'usage de cet argent, lis notre article sur le fair-play financier.